Guido Bonatti : les astrologues vont en enfer

 

En 1233 à Bologne, il sortit vainqueur d’une controverse avec le frère Giovanni Schio de Vicence, qui soutenait que l’astrologie était un mensonge. Il eut encore le dessus lors d’un débat à Forlì avec le franciscain Hugues de Reggio (dit Ugo Paucapalea). Il fut astrologue auprès de plusieurs princes, dont l’empereur Frédéric II, le condottiere Ezzelino III da Romano, Guido Novello da Polenta et Guido de Montefeltro. Il fut même au service des villes libres de Florence, Sienne : ainsi en 1260, Guido Bonatti fut garant d’une alliance entre ces deux cités. À cette occasion, il prédit la victoire des Gibelins à la bataille de Montaperti.

Guido Bonatti, sur la fin de ses jours, entra dans l’ordre des franciscains, et mourut vers l’an 1300.

 

L’œuvre astronomique et astrologique

À partir de 1277, il composa une somme astrologique intitulée Liber decem continens tractatus astronomiæ, dont il subsiste quelques exemplaires, et qui connut au moins trois éditions imprimées : celles de 1491, de 1506 et de 1550, preuve du crédit que l’on attachait à ce texte bien après la mort de l’auteur. Passant brièvement sur les développements proprement mathématiques, Bonatti y expose les fondements et les principaux résultats du système géocentrique dit « de Ptolémée », et y ajoute ses propres recherches et observations. Bonatti s’attribue le mérite d’avoir distingué 700 étoiles jusqu’alors inconnues.

Ses ouvrages d’astrologie ont été recueillis par Jacques Cauterus, et imprimés en volume in-quarto sous le titre de Liber astronómicas, par Erhard Ratdolt à Augsbourg en 1491. Aujourd’hui encore, surtout quand ils pratiquent l’astrologie horaire, les astrologues utilisent les règles transmises par Guido Bonatti.

 

Du haut du Campanile, Guido Bonatti donne le signal

La carrière de Guido Bonatti fut longue et pleine de succès. Le plus grand fut la défense de Forli en 1282. À cette époque, Guido Bonatti s’était attaché au commandant militaire de la ville, Guido de Montefeltro.

En 1282, le pape Martin IV obtint l’envoi de troupes françaises contre Forlì, ville de Romagne défendue par Guillaume de Montferrat où Guido Bonatti s’était retiré. La ville était sur le point de capituler, quand Bonatti annonça au comte qu’il repousserait l’ennemi dans une sortie, mais qu’il y serait blessé.

Guido Bonatti déterminait avec précision l’heure à laquelle Montefeltro devait lancer ses attaques. Le jour venu, il montait au sommet du campanile de San Mercuriale et sonnait trois fois la cloche. Le premier coup annonçait le moment de mettre les armes. Le second coup annonçait le moment de monter en selle. Le dernier coup annonçait le départ.

L’événement justifia la prédiction, et le comte, qui avait porté avec lui les objets nécessaires au pansement de la blessure qu’il devait recevoir, se trouva fort bien de cette précaution. Après un long siège, les Français subirent une défaite cuisante surtout grâce à l’habileté stratégique de Gui de Montefeltro, alors chef des milices urbaines, et au conseiller Guido Bonatti.

L’épisode de la bataille de Forlì est rapporté par Dante Alighieri dans sa Divine Comédie.

 

Guido Bonatti finit sa carrière en enfer

Dans sa Divine Comédie, Dante décrit sa visite aux enfers (chant XX). Il en profite pour y placer divers personnages (dont quelques papes et prélats).

Il y rencontre aussi Guido Bonatti, qui avait pourtant fini franciscain (ce n'est visiblement pas une circonstance atténuante). Comme les autres devins, Guido Bonatti y avait un corps normal, mais sa tête regardait vers l’arrière. Tel était le châtiment que lui infligea le Ciel pour le punir d’avoir trop exploré l’avenir !

Voici le passage, dans la traduction de Lamennais.

"J’étais déjà tout disposé pour regarder le fond, maintenant à découvert, que baignaient des pleurs d’angoisse, quand, par la ronde enceinte, je vis venir des gens [des devins] en silence et versant des larmes, du même pas que les processions en ce monde... Lorsque ma vue descendit plus bas sur eux, chacun d’eux me parut étrangement transposé du menton au commencement du buste. Ayant le visage tourné vers les reins, il leur fallait aller en arrière, parce qu’ils ne pouvaient voir par devant... Vois Guido Bonatti, vois Asdente, qui maintenant voudrait ne s’être mêlé que de cuir et de ligneul ; mais tard il se repent."

 

NB. Pour la biographie proprement dite, j’ai puisé dans l’article de Wikipedia consacré au personnage.

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