Les trois « dates » de naissance de Morin de Villefranche

Suit alors une démonstration "historique":

1. Morin n'a jamais connu sa mère.

2. Morin a donné trois dates de naissance pour lui-même car il n'a en réalité pas connu la sienne. Des « documents irréfutables » illustrent l'article. Dans l’un, Morin affirme qu’il est né le 22 février à 20h33 T.A. Dans un autre, il affirme qu’il est né le 23 février à 8h33. Enfin, un document en langue latine est reproduit dans lequel Morin affirme qu’il est né « septimo kalendas martias », c’est-à-dire le 7 mars.

3. Comme il pratique l'astrologie "traditionnelle", Morin s'est donc inventé un thème qui "collait" avec les événements de sa vie. Ce qui montre sa malhonnêteté, et donc celle de ceux qui s'inspirent de son travail.

Quelques réflexions

Loin de moi d'idéaliser Morin, ou n'importe quelle autre personne. Dans chaque œuvre, il y a du bon grain et de l’ivraie. Mais dans le cas présent, tout ce qui est affirmé est faux. Je reprends les trois points de la démonstration en donnant des références précises.

1. C'est le contraire. Morin a connu sa mère et il en parle dans l'Astrologia Gallica. Encore faut-il l'avoir lue... Voici le passage exact.


Aux environs de ma 12e année, lorsque la Part de la fortune parvint par direction au carré de Mercure, maître de III, mon père et ma mère se trouvèrent tous deux alités; elle, du fait de l'accouchement dont elle mourut; mon père, par suite d'une violente poussée de fièvre qui nous fit craindre pour ses jours.

Et pendant que nous étions dans l'angoisse, mon frère aîné me demanda lequel de nos parents je préférais voir disparaître. Je répondis ingénument à cette stupide question en disant que je préférerais voir mon père guérir (ce qui arriva); cependant je les aimais bien tous les deux et je crois même que je préférais ma mère. Mon frère eut la bêtise de lui répéter mes paroles. De cet instant, jusqu'à celui de sa mort qui survint le surlendemain, elle qui m'avait toujours préféré, fut saisie d'une telle haine contre moi qu'elle eut voulu me déshériter complètement et me refuser sa dernière bénédiction. Et ce ne fut que sur les instances de la famille, qui lui montra la nullité d'un tel testament, et des prêtres, qui l'inquiétèrent pour le salut de son âme, qu'elle finit par me bénir et me laisser le minimum légal, ma sœur recevant le triple de ce qi me revint et mon frère plus encore.

La raison évidente d'une telle disgrâce, à laquelle sur le moment je n'avais rien compris, doit être attribuée à la Lune, maître de IV et de la Part de fortune, et significatrice par nature et détermination de la mère et de la fortune, qui se trouvait en XII conjointe à Saturne et présageait ainsi la haine de ma mère et un grand préjudice pécuniaire du fait de la délation de mon frère, délation indiquée par la direction de la Part de fortune au carré de Mercure, significateur du frère du fait de sa maîtrise sur la cuspide de III et de son aspect partile avec celle-ci.


2. On ne s’improvise pas latiniste ou historien. Au XVIIe siècle, dans les livres d'astronomie et d'astrologie, le Temps des éphémérides (TA) est calculé à partir de midi, et non de 0h. L'usage civil est différent. Ceux d'entre nous qui ont quelques décennies de vol ont encore connu des éphémérides calculées pour midi et non pour 0h. Selon le type de document dont il s'agit (civil, astronomique, astrologique), on peut employer l'une ou l'autre formes. Si bien que les deux heures "différentes" ne sont en réalité que la même.

Si j'écris dans un courrier privé que je suis né le 20 octobre à 5h00 de l'après-midi, et dans un formulaire administratif que je suis né le 20 octobre à 17h00, je dis la même chose.

Quant à la troisième "date de naissance" de Morin, elle n'existe tout simplement pas. Exprimée dans le calendrier romain, elle est inventée par une mauvaise traduction de l'auteur de l'article, qui ne connaît pas le latin. Je renvoie au message de Pepita qui suit le présent exposé.

3. Attaquer un homme pour disqualifier ces idées, c'est un procédé indigne de tout milieu intellectuel digne de ce nom.


Conclusion

Je ne souhaitais pas intervenir sur ce genre d'article. Mais son contenu a ensuite couru sur Wikipedia (inutile de chercher à corriger ces pages françaises tenues d’une poigne de fer ; dans les heures qui suivent, votre correction a disparu). Des étudiants m'interrogeant, je suis contraint d'en dire un mot.

D’autre part, la même coterie s’attaque maintenant à des astrologues actuels de grande qualité, et bien vivants. toujours d’une façon polémique. Les intéressés ne peuvent évidemment pas répondre à ces procédés d'un autre âge. Il leur faudrait trop s’abaisser.

Denis Labouré


Voici le texte de Pepita, agrégée de latin, qui prend à bras-le-corps le « septimo kalendas martias ». Si vous souhaitez apprendre à exprimer votre date de naissance dans le calendrier romain (ou plus sérieusement à comprendre la formulation des dates de naissance dans les textes anciens), Pepita recommande le GUIDE ROMAIN ANTIQUE édité par Hachette.

Bonjour,

c'est mal interprété:

Le "septimo kalendas martias" n'est pas le 7 mars! Les Romains comptaient à l'envers: c'est 7 jours avant les Calendes de Mars (qui commencent le 1 mars) en prenant le jour des Calendes comme 1:

1 Mars (kalendas) : premier jour
28 février: deuxième jour avant les Calendes (pridie kalendas martias)
27: troisième
26: quatrième
25: cinquième
24: sixième
23: septième

Il faut connaître les calendriers romains avant de dire des bêtises  

-Quant à la carte de Morin dans son livre: ila journée pour lui ne commençait pas à minuit. C'est la même chose avec toutes les cartes de l'Astrologia Gallica. Il faut toujours adapter les dates.

-L'affirmation que Morin a perdu ses parents trop tôt pour leur demander son heure de naissance est fausse à mon avis. Il décrit lui-même une scène, quand sa mère était malade et son frère lui avait demander qui il préférerait voir survivre, son père ou sa mère. Il avait répondu « son père ». Sa mère ne le lui avait jamais pardonné et elle s'en était vengée le reste de sa vie. Il avait donc l'âge de se rendre compte des choses.

-Quand au baptême (le 23 février), ça ne me semble pas une preuve. Mon cousin germain a été baptisé le jour de sa naissance, parce qu'il était faible et on craignait qu'il meure (il est très bien portant 55 ans après)  On baptisait souvent les nouveaux nés le même jour pour leur éviter les limbes s'ils venaient à mourir). Je ne connais pas les habitudes de l'époque de Morin, mais si ça faisait il y a 50 ans et les gens croyaient encore aux limbes, pourquoi pas au XVIIe?

Enfin: la plus grosse contradiction c'est de faire un article en interprétant des données comme celles du calendrier Romain quand on ne connait pas la question. C'est un manque de sérieux. C'est comme si moi, latiniste, je me mettais à faire un article sur la théorie de la relativité. On est mal parti si on critique autrui (et l'astrologie) quand on est soi-même si peu documenté… Quel chercheur oserait publier un article avec des données historiques dont il ne connaît rien? C'est un peu malhonnête, non?

J'avais fait ça une fois avec une journaliste d'extrême-droite. Ella avait fait un article avec un titre en latin très mal écrit. J'étais montée sur mon créneau d'agrégée et je l'avais mise à sa place. Je crois qu'elle ne s'en est pas encore remise  .


Pépita

 
PS. Une petite explication sur « les limbes ». A l’époque de Morin, règne une théorie inventée par saint Augustin ; l’enfant non baptisé qui vient à mourir ne va pas au Paradis. Comme on ne peut pas décemment l’envoyer en enfer, il était considéré qu’il allait dans un lieu plus neutre nommé « les limbes ». Compte tenu du taux de mortalité infantile à l’époque, on baptisait l’enfant aussi vite que possible après sa naissance. Cette théorie s’est maintenue jusqu’au concile Vatican II, qui est revenu à des conceptions plus saines. Mais ceux d’entre nous qui sont nés avant ce concile ont connu cet état de choses. Ainsi, je suis né le 24 octobre, et j’ai été baptisé moins de huit jours après, le 1er novembre, dans la chapelle même de la maternité. [Denis)

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