Robert Ambelain astrologue

Il l'étudia principalement d'après les travaux de Junctin de Florence. Il connaissait la langue allemande. Il fut un collaborateur assidu de la revue CONSOLATION, 1935-1936. Il y publia divers articles sur l'astrologie et les arts divinatoires. En 1937, il prit l'initiative de fonder à Paris un groupe s'occupant de géomancie ; le G.E.O.M.
Robert ne fut pas à proprement parler un praticien assidu de l'astrologie. Cet art se situait pour lui dans un ensemble hermétique plus vaste sur lequel il jetait un regard très éclectique.

Recensons ses ouvrages consacrés à l'astrologie, en me permettant quelques commentaires personnels.
· 1936 : Eléments d'Astrologie scientifique : Etoiles Fixes, Comètes et Eclipses. Ce document fut tiré à 3000 exemplaires aux éditions J. Beetmale (Paris).
· 1937 : Ephémérides de Lillith, Deuxième satellite de la Terre, -870 à 1937, en collaboration avec J. Desmoulins, éditions Niclaus fut tiré à 2000 exemplaires. Je précise que la Lillith à laquelle ces tables font référence n'est pas la « Lune noire » inventée quelques années plus tard par Don Néroman, mais un deuxième satellite supposé de la Terre, fort prisé dans les pays anglo-saxons. Notons que cette lune noire anglo-saxonne était considérée comme une influence « occulte » et « sexuelle ». La Lune noire de Néroman, bien que située tout à fait ailleurs, reprendra ces attributs. Ce qui tend à confirmer la fâcheuse habitude qu'ont les astrologues d'attribuer leurs significations aux nouveaux facteurs célestes en s'appuyant sur de la pure spéculation, puis à croire que ces attributs proviennent ensuite d'une longue expérience empirique !
· 1937 et 1938 : Traité d'Astrologie Esotérique, tome 1 (Les Cycles) en 1937, suivi du tome 2 (l'Onomancie) en 1938, éditions Adyar. La technique enseignée par cet ouvrage se situe à mi-chemin entre l'astrologie judiciaire et l'astrologie onomantique.
· 1942 : Le tome 3 du Traité d'Astrologie Esotérique (l'Astrologie lunaire) est un riche recueil de 587 aphorismes issus de la tradition et consacrés au rôle de la Lune. Il contient également 47 thèmes.
· 1958 : Le Dragon d'Or, éditions Niclaus. L'ouvrage est consacré aux techniques magiques de découverte de trésors. Mais il contient de nombreux aphorismes d'astrologie horaire portant sur ce sujet. L'ouvrage sera réimprimé en 1997, après la mort de l'auteur. Dans une postface douteuse sans grand rapport avec le sujet, il nous est expliqué (page 228) que Robert Ambelain, ayant renié ses adhésions chrétiennes, était donc un apostat…
· 1964 : Le Traité des Interrogations Célestes est à mes yeux son chef-d'œuvre. Cet ouvrage, qui est pour l'essentiel une libre traduction d'un texte de Junctin de Florence, contribuera à maintenir le flambeau de l'astrologie horaire dans les sombres années 65 à 85. Au nom d'une « nouvelle astrologie », les tenants de la tradition étaient alors hués, interdits de parole ou de publication. Relisons la fin de la préface (page 13) : « A elle seule, l'Astrologie Horaire se dresse donc comme un sphinx, impératif et incorruptible, capable d'interdire toute explication, toute justification au principe même de la Mantique. Et pour cela, pour tout le merveilleux qu'elle implique, pour ce mystère et cet inconnu qui vont de pair avec ses règles et son ésotérisme, l'Astrologie Horaire est à nos yeux la plus haute forme de la vieille et toujours jeune Science des Astres… » L'ouvrage sera réédité par Robert Laffont en 1971.
· 1991 : Koré. La dixième planète tente d'expliquer que les astrologues iraniens évoquaient l'existence d'une planète inconnue. Robert en propose les éphémérides et quelques applications pratiques.
· 1993 : Retour à Samarkande rappelle d'importantes notions sur les étoiles fixes, le zodiaque, les parts, les demeures lunaires, les révolutions solaires et les directions.
· 1994 : Retour à Alexandrie est consacré à l'astrologie mondiale des anciens. Plus particulièrement orienté vers l'astrologie arabe et sa façon d'interpréter les éclipses, les maîtres de l'année, les conjonctions de Jupiter et Saturne et autres techniques de ce type.

Comme dans toute œuvre, le lecteur cultivé trouvera des joyaux et des scories. Comme Robert Ambelain avait horreur de se faire relire par d'autres, il n'a pas échappé à d'inévitables bourdes. Je me souviens de l'impétueux Max Duval rouge de colère quand il évoquait l'interprétation (très) libre que Robert avait faites des textes arabes à propos du zodiaque !

Quelques souvenirs personnels

Jeune astrologue inconnu, j'eus un jour l'outrecuidance d'écrire directement à Robert Ambelain. Je lui expliquais que j'allais à Paris et que je serais heureux de le rencontrer. A ma grande surprise, il me reçut. Il m'ouvrit, en tenue très décontractée, bien planté dans ses célèbres pantoufles et il m'invita à boire une bière. Je le revis plusieurs fois dans les années qui suivirent.

A quelques exceptions près, nos conversations sont restées centrées sur l'astrologie et les arts divinatoires. Bien que très impliqué dans ce monde, je n'abordais les questions initiatiques que rarement. En ce domaine, il était très amer quand il voyait agir les petits maîtres qui lui succédèrent, et qui ont depuis fini de ruiner son héritage.

Il savait faire preuve d'humour. Quand je l'interrogeais au sujet de sa profession, il me répondait : « astrologue préfectoral ». De quoi s'agissait-il ? « On m'avais mis dans un bureau avec une machine à écrire, mais je n'avais rien à faire de la journée. Aussi, j'en profitais pour écrire mes livres. »

Bien que très suspicieux à propos du zodiaque sidéral (il changera son point de vue dans son dernier livre), Robert acceptera de préfacer le Manuel d'astrologie divinatoire que j'avais écrit en collaboration avec Chantal Etienne. Avec Chantal, afin d'éviter les dérives de la part des lecteurs, nous n'avions pas reproduit dans ce manuel les règles décrivant les voleurs. Robert me l'avait gentiment reproché en me disant qu'il fallait abandonner ce type de scrupule. Il fallait transmettre l'astrologie sans complexe, sans céder aux censures du milieu astrologique ambiant. J'ai retenu la leçon. Dès les premières années, il avait accepté d'être membre du comité de patronage de ma revue La Recherche Astrologique dont la publication commença en 1984.

Robert veillait à ce que la tradition ne se perde pas. Il savait transmettre. Dans un courrier du 29 décembre 1989, il me demandera de reprendre le flambeau du G.E.O.M. en réunissant un petit groupe sous la forme de mon choix. Ce sera fait. En 1990, il me donna des baguettes de Y-King, avec l'étui qu'il avait lui-même bricolé, une transmission et un rituel d'interrogation de son cru.

Ne croyant pas du tout à la notion d'astrologie scientifique, il pensait que l'astrologie relevait de l'hermétisme et des arts divinatoires. Malgré ma jeunesse, nous étions en communion d'idées sur ce point. Aussi m'avait-il donné à titre confidentiel deux documents :
· en 1986, une invocation composée essentiellement d'extraits du Livre d'Enoch qu'il me recommandait d'utiliser lorsque j'interprétais une interrogation.
· en 1990, un rituel d'interrogation plus sophistiqué (et complexe !) qu'il avait lui-même rédigé à l'intention des praticiens de l'astrologie horaire.
Il m'avait demandé de ne publier ces documents qu'après sa mort. Pour lui, l'atmosphère du milieu astrologique de l'époque ne se prêtait guère à prôner publiquement cet aspect occulte de l'astrologie. Après sa mort, j'ai donc inclus ce texte dans mon cours L'aspect occulte de l'astrologie. Aujourd'hui, je le publie dans L'Esprit des choses pour qu'il ne se perde pas.

Quelques extraits de courriers

Voici quelques extraits de courriers reçus de Robert. J'ai uniquement retenu ce qui concernait l'astrologie et les arts divinatoires. Je suis évidemment impliqué dans certains passages, mais je les ai tout de même cités. Car tous comportent des pistes de recherche ou des détails qui peuvent être utiles aux chercheurs futurs.

Paris, le 13 novembre 1986 : « Merci de votre envoi. Je vais le faire traduire pour l'anglais, car pour le sanscrit, ce n'est peut-être pas très utile. Je crois que nous ne sommes pas faits pour entrer en ce courant, un peu particulier. Nous sommes, psychiquement, d'hérédité judéo-chrétienne, avec à l'arrière-plan, un peu de celte. Par conséquent c'est en cette tradition que nous devons rechercher nos procédés d'action. Même cette Kabale chrétienne, qui fait sursauter les kabalistes hébreux (ils ont raison !), est pratiquement valable. Vous trouverez ci-joint un essai, jeté à la hâte sur le papier il y a bientôt un an, justement en vue d'élaborer un rituel d'interrogation astrologique. Il est peut-être un peu compliqué, mais il y a toujours moyen de simplifier sans rien perdre… En tous cas, j'insiste sur la pratique nocturne, le Soleil étant en maisons IV ou III. Pour moi, cela ne me pose pas de problèmes, car je me couche généralement vers 21 heures, et me lève vers 1h30 ou 2h00, pour me recoucher vers 4 ou 5 heures du matin. Sauf si la télévision donne quelque chose de bien (. ?.). »

Paris, le 4 décembre 1986 : « Notez que si l'on prend le degré natal dans le Calendrier Thébaïque de Christian, avec les deux degrés précédents et les deux suivants, soit cinq en tout, on a déjà un petit horoscope, qui, uni aux présages du Signe natal du mois, donne un aspect très correct du sujet de l'horoscope. En ce qui concerne le thème hindou en carré, j'avoue avoir peu d'attrait pour ce procédé. Je préfère celui des astrologues médiévaux, en carré, avec ses douze triangles. Il exige le tracé préalable de seize lignes droites, nombre des Entités divinatoires de la Géomancie, cette Astrologie terrestre. Il évoque quatre autres triangles intérieurs, sous-entendant peut-être un Juge, deux Témoins et une Sentence, comme en Géomancie. Eléments issus sans doute de calculs analogues à ceux des parts. »

Paris, le 12 décembre 1986 : « En ce qui concerne la représentation du ciel astrologique, je reste résolument fidèle au "miroir du diable" comme le surnommait Choisnard ! Les divers types sont pour moi des fantaisies, loin d'être aussi pratiques que le bon vieux thème de l'Occident médiéval… Revenant à l'astrologie, je crois que tout ce que Junctin a rassemblé et que Volguine a publié en ses Révolutions solaires selon Junctin de Florence, est bien touffu. Il me semble que la divination possède des clés plus simples ! En effet, si vous avez les deux tomes de mon Astrologie Esotérique, prenez le tome II consacré à l'Onomancie. Il y a des tables aux pages 140, 141 et 142. Il me semble que si ce procédé est valable pour l'Onomancie et son ciel (très compliqué !), on doit pouvoir en établir l'équivalent en Astrologie judiciaire… Pour moi, le Maître de l'Année dont nous parle Junctin en ses révolutions, est à extraire d'une de ces tables. Ci-joint un essai reposant sur l'ordre supérieur des Jours, en vertu de l'adage « un jour égal un an, un an égal un siècle », tiré de l'Ecriture (Pierre, Ep. III,8). Il semble que cela donne de bons résultats. Le Maître du cycle de 7 années, son aspect avec celui de l'année, leurs positions en Signe, Maison, tout ceci se retrouve en notre vie. »

31 mars 1987 : Je suis de l'avis de Patrice Genty, on a matérialisé l'Astrologie. La véritable a une âme ésotérique, occulte, dont l'actuelle n'est qu'une caricature. C'est à ce retour que je vais m'attacher en un prochain livre. Que fait-on des maîtres des Jours, qu'il ne faut pas oublier si on admet les maîtres des Heures et les maîtres des Années ? Il y a là une chaîne extraordinaire… L'Univers est un vaste ordinateur, ou tout est programmé. Mais l'Ingénieur qui a calculé le programme n'est pas l'Ouvrier qui l'a réalisé… Et ne voir que l'Ordinateur, c'est oublier les auteurs de l'ensemble !

Paris, le 13 avril 1987 : « J'ai beaucoup aimé votre expression "calendrier divinatoire", car elle est parfaite ! Il faut bien dire que nous sommes en possession de multiples éléments catégorisant les fractions du Temps, et nous ne nous en servons pas…Je prépare un nouveau livre sur l'Astrologie des Arabes, telle qu'elle se pratiquait aux Xe/XIIIe siècles, vers Samarcande ! Il y a encore là-bas l'observatoire de Ouloug-Beg, petit-fils de Tamerlan, qui nous laissa des Tables, que s'appropria Alphonse X de Castille dans les universités maures de Cordoue, Séville, etc. C'est une astrologie reposant sur des astres réels, mais interprétée avec des influences planétaires cycliques et occultes, hiérarchisées. »

Nice, le 16 mai 1987 : « J'ai bien sur rencontré des amis de notre obédience, notamment un médecin, acupuncteur, fervent de tout ce qui est asiatique, et qui va quelquefois en Chine (Formose) et Hong Kong. Il a reçu d'un de ses amis revenant d'Iran, un petit astrolabe arabe, en cuivre, réceptionnant 4 plaques intérieures avec curseur, et permettant d'établir 4 domifications différentes. Le tout est grand comme une main ! Cela a du appartenir à un astrologue itinérant, cela est facile à dissimuler…Je vais lui demander une copie des pièces. Cela peut me servir pour mon « Astrologie des Arabes » en cours d'élaboration. En ce qui concerne l'importance de Saturne, j'ai noté celle de ses retours à sa position natale, sorte de « révolution saturnienne ». Cela donne une idée générale de la vie pour une période de 29/30 ans. Et quatre retours de Saturne à sa position natale = 120 ans ! Je vous donnerai un article sur cela à mon retour à Paris. »

Nice, le 13 mai 1988 : « Voici une conclusion importante, en tout cas, que ce résultat [l'élection de François Mitterrand], contredisant tout le monde ! Il a été élu, mais pas à « touche-touche »… J'ai donc repris le thème : 26 octobre 1916, Jarnac. Il est maintenant certain que "vers 4h15 du matin" est une heure fausse. D'où vient ce "vers" d'ailleurs ? De lui évidemment. J'ignore ce que dit l'état-civil. Mais prenez 6h30 ; vous avez l'AS en Scorpion, avec le Soleil en I en Scorpion, le Sgr de la Xe en I… Si ce n'est pas celui que ses amis du PS nomment, tantôt "le Florentin", tantôt Machiavel… Mais, même avec le banal thème solaire, le Signe de naissance en I, on le retrouve également. Du moins, on l'aurait ! »

Paris, le 29 décembre 1989 : « Vous viendrez si possible avant le printemps chez moi, je vous remettrai oralement toutes les données essentielles, un résumé du rituel, certains accessoires matériels, et vous montrerai des objets rarissimes… J'ai eu la chance de recevoir bien des éléments de la tradition véritable, de source vietnamienne, et aussi des objets qu'on ne trouve jamais chez les antiquaires. Vous recevrez également une filiation par un rituel que vous pourrez mettre en pratique avec des éléments valables de votre milieu. Notez qu'en cette tradition, ce sont les ancêtres qui sont interrogés… J'avais, avant la guerre, rassemblé quelq es géomanciens au sein du GEOM (Groupe d'Etudes Occultes et Magiques)… Ce sera un peu cela, quoique la Géomancie arabo-européenne ne soit qu'un tronçon du grand Yi-King rituel, plus simple en ses interrogations. Une exigence absolue : ne prenez que des gens qui soient au courant de la géomancie banale. Pas de curieux ! »

Paris, le 23 janvier 1990 : « Vous trouverez ci-joint (enfin !) une Invocation destinée à ritualiser, comme vous me l'aviez demandé jadis, une interrogation astrologique. Ce sont des extraits de certain chapitre du Livre d'Hénoch. Ce texte pourra être intégré dans le Sacramentaire des Rose-Croix, au chapitre des dons occultes. J'avais établi un rituel un peu plus long, adapté à l'emploi d'un almadel astrologique, de quatre Flambeaux et d'un Cristal au centre. Comme très souvent, j'ai demandé ensuite à la Géomancie si cela se trouvait être conforme… La réponse a été non aux Flambeaux (Carcer), et non au Cristal (Tristissia) : je n'insiste donc pas… J'ai toujours été conduit dans la voie de la vérité lorsque j'ai interrogé pour un motif élevé : Oracle égyptien, ou Géomancie. Choisissez une date favorable selon votre ciel natal, pour venir à Paris recevoir une instruction et des objets quant au Y-King ; une seule restriction, tout ceci doit demeurer confidentiel tant que le livre n'est pas paru. Vous ne pourrez donc pas transmettre pour le moment… » Vous trouverez l'invocation citée dans ce courrier à la fin du présent document.

Paris, le 2 novembre 1992 : « Tu vas recevoir un nouveau livre…sur l'Astrologie des Arabes. C'est le retour à l'Antique ! Je te cite pour tes Etoiles Fixes, et je développe la théorie du thème en carré. »

En conclusion

Enfin, et comme les plus grands astrologues, Robert avait prédit sa propre mort. A plusieurs d'entre nous, il avait annoncé qu'il mourrait à 89 ans. Avec plusieurs amis, nous avions discuté de ce pronostic avant qu'il se réalise. Il s'est accompli. Il est ainsi sorti par la grande porte, avec les honneurs. Quelles que soient les inévitables carences du personnage et de ses livres, son message perdurera. L'astrologie fut, est et restera un art divinatoire. L'astrologie est l'art d'interroger le divin comme le Yi-King est l'art d'interroger les ancêtres.

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