Robert Fludd (1574-1637)


Utriusque Cosmi Historia (Histoire du macrocosme et du microcosme) est éditée à Francfort de 1617 à 1626 par Johann Theodor de Bry, et richement illustrée par celui-ci et par son gendre Matthias Merian. L'ouvrage commence par un récit de la création, présenté dans des termes qui tentent de réconcilier les premiers versets de la Genèse avec le Poimandres d'Hermès Trismégiste. Le volume consacré au macrocosme traite aussi des sciences dans lesquelles l'homme se comporte comme " singe de la Nature ". Le second volume comprend les arts " intérieurs " de l'homme-microcosme, tels que la prophétie, la chiromancie, l'horoscopie, l'art de mémoire. Pendant que paraît cet ouvrage, Fludd se mêle aux courants rosicruciens et écrit deux traités en défense de la Fraternité de la Rose-Croix, à laquelle, soulignons-le, il ne déclare jamais appartenir.

Fludd passe sa vie paisiblement à Londres où il devient un médecin célèbre et riche. Esprit tant pratique que mystique, il est propriétaire de plusieurs bâtiments et d'une fabrique d'acier. Ses connaissances et opinions médicales sont données au monde dans Medicina Catholica (1629-1631), autre ouvrage en plusieurs volumes qui traitent des causes des maladies (vents, démons) et du diagnostic par le pouls, l'astrologie, et l'urinoscopie, selon une métaphysique dualiste se réflétant dans le monde physique (notamment, dualité contraction-raréfaction). La pensée dualiste de Fludd est fondée sur la conception d'un Dieu qui reste inactif en soi-même, tout en créant activement l'univers. Son premier aspect (non-être) se présente à nous sous la forme de l'obscurité, la destruction, la mort, la souffrance et le mal. Le deuxième aspect (être) se manifeste à nous comme la lumière, la création, la vie et le bien. Fludd symbolise à plusieurs reprises cette dualité comme l'intersection de deux pyramides, noire et blanche ; comme la corde d'un monocorde avec ses tons hauts et bas (harmonie de l'univers) ; et comme un thermomètre répondant à la chaleur (expansion, lumière) et au froid (contraction, obscurité). Une grande partie des écrits fluddiens concerne l'élaboration de ces trois symboles. Outre ses connaissances spécialisées, l'inspiration de Fludd vient de la philosophia perennis des Florentins, et d'une unique expérience alchimique, au cours de laquelle il réussit à séparer le blé en ses cinq éléments : il crut voir là une reproduction de la création primordiale.

Fludd entre en vive controverse avec J. Kepler, M. Mersenne, P. Gassendi et un certain W. Foster, ce dernier à propos du weapon-salve (onguent appliqué non pas à une blessure, mais à l'objet qui la causa). Kepler critique son harmonie du monde, qui aurait manqué de toute précision mathématique. Mersenne et Gassendi attaquent sa magie, son Hermétisme, et son idée de la Nature ou de l'Ame du Monde, qui paraît au Minime se substituer, dans la philosophie fluddienne, à la fonction médiatrice du Christ.

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